Pendant longtemps, la République démocratique du Congo a bâti sa réputation minière sur l’abondance de ses ressources naturelles. Mais à mesure que les gisements les plus accessibles s’épuisent et que la concurrence mondiale pour les minerais critiques s’intensifie, une autre réalité s’impose : sans connaissance approfondie du sous-sol, il ne peut y avoir de politique minière efficace.

C’est tout le sens du message porté par le directeur général du Service Géologique National du Congo, Raoul Wazenga Vitima, lors de la conférence de presse organisée le 15 juin 2026 à Lubumbashi, autour des projets de cartographie géophysique aéroportée et géologique de la RDC ainsi que du programme d’études géologiques régionales et de certification des gisements du bloc Katanga 1A.

« Pas de mines sans géologie », a déclaré le directeur général du SGN-C Raoul Wazenga. Derrière cette formule se cache une ambition nationale : replacer la science au centre de la gouvernance minière congolaise.

Reprendre le contrôle de la connaissance du sous-sol

Depuis le début du XXe siècle, la cartographie géologique de la RDC a connu plusieurs phases, portées successivement par les services coloniaux, des partenaires internationaux puis différents programmes de recherche. Malgré ces efforts, une grande partie du territoire reste encore insuffisamment documentée.

Pour le SGN-C, l’enjeu dépasse largement le cadre scientifique. Il s’agit d’un véritable impératif de souveraineté.

« L’historique démontre bien la volonté du Gouvernement sous l’impulsion du Président Félix Tshisekedi, à recouvrer totalement la souveraineté sur la connaissance de ses ressources minières », a souligné le DG Raoul Wazenga lors de la présentation officielle du projet.

Dans un contexte où les minerais critiques sont devenus des ressources stratégiques pour les économies mondiales, disposer de données géologiques fiables constitue désormais un outil de puissance économique et politique.

Une nouvelle génération de cartographie géologique

Pour relever ce défi, le SGN-C s’appuie sur les technologies les plus avancées en matière d’exploration.

Le premier programme de cartographie géophysique aéroportée, conduit entre 2022 et 2024, a permis de collecter des données de radiométrie, magnétométrie, gravimétrie et télédétection dans plusieurs blocs stratégiques du pays, notamment au Kasaï, dans l’Équateur et dans le bloc Katanga 1A.

Ces travaux ont déjà produit des résultats significatifs.

Dans le bloc Katanga 1A, les experts ont pu améliorer les cartes géologiques existantes, réinterpréter certaines zones controversées et identifier six zones prioritaires présentant un fort potentiel minéral. Les études ont également mis en évidence des unités géologiques prometteuses dissimulées sous des formations sédimentaires récentes.

Pour les géologues, ces données représentent une véritable révolution dans la compréhension du sous-sol congolais.

Katanga 1A, laboratoire de la nouvelle stratégie minière

L’un des projets phares présentés à Lubumbashi concerne le bloc Katanga 1A, situé au cœur de la célèbre ceinture cuprifère d’Afrique centrale.

Cette région, qui s’étend entre le sud-est de la RDC et le nord de la Zambie, figure parmi les plus importantes provinces métallogéniques au monde pour le cuivre et le cobalt.

Le SGN-C entend désormais aller au-delà de la simple cartographie.

L’objectif est de découvrir, quantifier et certifier de nouveaux gisements de cuivre, de cobalt et de métaux associés afin de préparer l’avenir de l’industrie minière congolaise. Le projet vise notamment à identifier des ressources enfouies, devenues essentielles à mesure que les gisements de surface s’épuisent progressivement.

Les données géophysiques obtenues lors des levés aéroportés serviront à orienter les travaux de terrain, les études géochimiques et les campagnes de forage qui permettront de confirmer le potentiel économique des zones ciblées.

Les minerais critiques au cœur des enjeux mondiaux

Cette relance de la recherche géologique intervient dans un contexte international particulier.

Le cuivre et le cobalt sont aujourd’hui considérés comme des matières premières indispensables à la transition énergétique mondiale. Batteries électriques, stockage d’énergie, réseaux intelligents et nouvelles technologies dépendent largement de ces ressources.

Avec une production de près de 170 000 tonnes de cobalt sur environ 230 000 tonnes produites dans le monde et plus de 2,5 millions de tonnes de cuivre, la RDC occupe déjà une position stratégique dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Pour conserver cet avantage, le pays doit continuellement renouveler ses réserves et améliorer sa connaissance géologique.

« Révéler le potentiel géologique du sous-sol congolais pour soutenir l’innovation, le développement minier et les énergies de demain » figure parmi les principaux enjeux identifiés par le SGN-C.

Construire la mine de demain avant même sa découverte

Au-delà de la recherche de nouveaux gisements, le projet porté par le SGN-C poursuit une ambition plus large : fournir aux décideurs politiques et aux investisseurs des données scientifiques fiables pour orienter leurs décisions.

Le deuxième programme de cartographie, prévu sur 36 mois, comprendra notamment des levés géophysiques à haute résolution, des inventaires géochimiques, des travaux de terrain, des tests de forage ainsi que la création d’une base de données géoscientifiques moderne.

Une attention particulière sera également accordée à la formation des géologues et techniciens congolais afin de renforcer les capacités nationales en géophysique, géologie et géochimie appliquées à l’exploration minière.

La géologie comme fondement de la souveraineté minière

À travers ces projets, la RDC cherche à changer de paradigme. Longtemps considérée comme un simple territoire producteur de minerais, elle ambitionne désormais de devenir également productrice de connaissances géoscientifiques.

Pour le SGN-C, la richesse d’un pays ne se mesure plus uniquement à ses réserves minières, mais aussi à sa capacité à les identifier, les certifier et les valoriser scientifiquement.

C’est dans cette logique que s’inscrit la conviction portée par Raoul Wazenga Vitima : la géologie n’est plus une étape préalable à l’exploitation minière. Elle en devient le socle stratégique.

Car pour la RDC du XXIe siècle, la souveraineté minière commence d’abord par la maîtrise de son sous-sol. Et, comme le rappelle le SGN-C, « pas de mines sans géologie ».

Alain M’pungu

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