Dans une province où l’exploitation minière génère d’importantes recettes publiques, la question de leur utilisation reste au cœur des préoccupations des citoyens. C’est dans cette optique que le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL Asbl), avec l’appui de The Carter Center, du CENADEP et le financement de l’Union européenne, organise à Lubumbashi une formation technique destinée aux organisations de la société civile sur le contrôle des revenus du secteur extractif.
Prévu du 13 au 15 juillet, cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet « Démocratisation de la gouvernance du secteur extractif en RDC par le contrôle et la participation citoyenne », mis en œuvre dans plusieurs provinces du pays. Son ambition est de renforcer les capacités des acteurs de la société civile afin qu’ils puissent suivre efficacement la gestion des finances publiques issues des ressources naturelles.
Faire du contrôle citoyen un levier de bonne gouvernance
Pour le coordonnateur national du CREFDL, Valéry Madianga, cette initiative répond à une préoccupation majeure : s’assurer que les revenus générés par l’exploitation minière profitent réellement aux populations.
« Il y a beaucoup de revenus qui sont reversés aux Entités Territoriales Décentralisées (ETD) ainsi qu’aux provinces à travers la redevance minière. Mais la question que tout le monde se pose est celle de l’impact réel de l’utilisation de ces fonds », explique-t-il.
Selon lui, cette formation vise à donner aux organisations de la société civile les outils nécessaires pour exercer un contrôle citoyen efficace sur la gestion de ces ressources.
« Nous voulons renforcer la société civile afin qu’elle joue pleinement son rôle dans la participation citoyenne et contribue à améliorer le bien-être des communautés locales », souligne-t-il.
Une gouvernance plus participative
Au-delà des aspects techniques liés aux finances publiques, le projet entend promouvoir une nouvelle approche de la gouvernance locale.
Pour le CREFDL, les citoyens ne doivent plus être consultés uniquement au moment de l’élaboration des politiques publiques, mais participer à l’ensemble du processus de décision.
« Nous voulons démocratiser la gouvernance. La voix des citoyens doit être entendue tout au long du cycle des politiques publiques. Demain, la société civile devra travailler aux côtés de l’administration pour identifier les véritables priorités de développement », affirme Valéry Madianga.
L’objectif est que les ressources minières perçues par les provinces et les ETD financent effectivement les besoins prioritaires des populations, qu’il s’agisse des infrastructures, de l’éducation, de la santé ou de l’accès à l’eau potable.
Former des acteurs capables d’analyser les finances publiques
Durant trois jours, les participants approfondissent plusieurs thématiques essentielles liées à la gouvernance financière.
La formation porte notamment sur le processus d’élaboration et d’exécution des budgets publics, l’analyse des allocations budgétaires, le contrôle des marchés publics ainsi que les mécanismes de suivi citoyen des dépenses publiques.
Des études de cas, des exercices pratiques et des évaluations permettront aux participants d’acquérir des compétences directement applicables dans leurs activités de veille citoyenne et de plaidoyer.
À terme, le projet ambitionne de constituer des réseaux thématiques dans plusieurs provinces minières afin de renforcer durablement le contrôle citoyen des revenus issus du secteur extractif.
L’accès à l’information, un défi toujours présent
L’une des principales difficultés évoquées par les participants concerne l’accès aux informations budgétaires et financières.
Pour Valéry Madianga, le cadre juridique congolais offre pourtant des garanties suffisantes.
Il rappelle que l’article 37 de la Constitution impose aux autorités publiques d’associer la société civile à la mise en œuvre des projets d’investissement. Il cite également les dispositions relatives à la décentralisation ainsi que la loi sur les finances publiques, qui consacrent les principes de transparence, de participation citoyenne et de redevabilité.
« Aujourd’hui, sur le plan légal, cette question ne devrait plus faire débat. Les provinces comme les Entités Territoriales Décentralisées ont l’obligation de rendre leurs budgets publics. La transparence est une exigence de la loi », insiste-t-il.
Renforcer la redevabilité dans les provinces minières
À travers cette formation, le CREFDL et ses partenaires espèrent voir émerger une société civile mieux outillée pour dialoguer avec les autorités publiques et exercer un contrôle fondé sur des données techniques plutôt que sur des perceptions.
Dans une province où les revenus miniers représentent une source importante de financement public, les organisateurs estiment que le contrôle citoyen constitue désormais un complément indispensable aux mécanismes institutionnels de contrôle.
Au-delà de la surveillance des dépenses publiques, l’objectif est de contribuer à une gouvernance plus transparente, plus participative et davantage orientée vers les besoins réels des communautés locales, afin que les richesses tirées des ressources naturelles deviennent un véritable moteur du développement territorial.

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