La République démocratique du Congo possède certains des minerais les plus recherchés au monde. Pourtant, dans plusieurs territoires où l’exploitation minière industrielle génère d’importants revenus, les populations riveraines continuent de faire face à des difficultés d’accès aux routes, à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux activités économiques.

Ce paradoxe, souvent résumé par la formule « sol riche, population pauvre », pose une question centrale : comment expliquer que la présence d’une grande mine ne se traduise pas automatiquement par une amélioration durable des conditions de vie des communautés qui vivent autour des sites d’exploitation ?

La richesse minière ne signifie pas automatiquement richesse locale

Une mine peut produire plusieurs millions de dollars de revenus sans que l’ensemble de cette valeur reste dans le territoire où elle est implantée.

Les revenus miniers sont répartis entre différents niveaux : entreprise, État central, provinces, entités territoriales décentralisées, fournisseurs, sous-traitants et communautés. Une partie importante de la valeur créée sert également à financer les investissements, les salaires, les équipements et les coûts d’exploitation.

Le véritable enjeu devient alors celui de la captation locale de la valeur. Plus les entreprises locales, les travailleurs et les communautés participent à la chaîne économique, plus l’activité minière peut produire des effets au-delà du périmètre industriel.

Le mécanisme du 0,3 % devait répondre à ce paradoxe

La réforme du Code minier de 2018 a introduit une dotation d’au moins 0,3 % du chiffre d’affaires des entreprises minières en production pour financer des projets de développement communautaire.

Selon le ministère des Mines, cette dotation devait notamment contribuer à réduire le contraste entre la croissance des activités minières et la pauvreté des communautés directement affectées. La réglementation prévoit que 90 % de la dotation soient consacrés aux projets communautaires, tandis que 6 % financent le fonctionnement de l’organisme spécialisé et 4 % celui du comité de supervision.

Sur le papier, le mécanisme devait donc créer un lien direct entre activité minière et développement local.

Des fonds importants, mais une gouvernance qui pose question

L’ampleur des sommes concernées permet de mesurer l’importance de cet enjeu.

Dans son audit portant sur 46 organismes spécialisés, la Cour des comptes a indiqué que ceux-ci avaient géré ensemble environ 216,7 millions de dollars entre le second semestre 2018 et 2023. Elle a relevé plusieurs irrégularités, notamment dans la répartition des fonds, la tenue des comptabilités, la mise en place des unités d’exécution des projets et les procédures de passation des marchés.

Ces constats ne signifient pas que tous les projets communautaires sont inefficaces. Ils montrent plutôt que la disponibilité de ressources financières ne garantit pas, à elle seule, leur transformation en infrastructures et services utiles aux populations.

Quand la mine crée peu d’activités autour d’elle

Une autre explication tient à la structure de l’économie minière.

Une grande exploitation peut employer plusieurs centaines ou milliers de personnes, mais une partie des équipements, des services spécialisés et des fournitures peut provenir de l’extérieur de la zone minière, voire de l’étranger.

Lorsque les entreprises locales restent peu intégrées aux chaînes d’approvisionnement, l’effet multiplicateur de la mine sur l’économie environnante demeure limité.

C’est précisément l’un des enjeux du contenu local et de la sous-traitance : faire en sorte qu’une partie plus importante des dépenses minières bénéficie aux entreprises, travailleurs et compétences du pays.

La communauté ne demande pas seulement de l’argent

Sur le terrain, le développement local ne se résume pas au versement d’une dotation.

Une communauté peut avoir besoin d’une route praticable pour accéder au marché, d’un centre de santé fonctionnel, d’une école correctement équipée, d’un système d’adduction d’eau ou encore d’activités économiques capables de survivre au-delà de la durée de vie de la mine.

La question fondamentale est donc celle de la durabilité des investissements communautaires. Une infrastructure construite aujourd’hui doit pouvoir continuer à fonctionner demain, y compris lorsque les priorités de l’entreprise minière évoluent.

Le véritable indicateur sera ce qui reste après la mine

Le débat sur la pauvreté dans les zones minières ne devrait finalement pas porter uniquement sur les montants dépensés par les entreprises.

Il doit également examiner la qualité des projets, leur répartition géographique, leur impact réel, la participation des communautés à leur choix et la transparence de leur gestion.

Une région minière ne devient pas automatiquement prospère parce qu’elle possède du cuivre, du cobalt ou de l’or dans son sous-sol. La richesse minière ne devient développement que lorsqu’elle se transforme en compétences, en entreprises locales, en infrastructures durables et en services publics accessibles. Pour la RDC, le véritable défi est donc de faire en sorte que les populations qui vivent au-dessus de la richesse minérale puissent aussi en percevoir durablement les effets.

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